Champ : définition de champ


Champ : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

champ \ʃɑ̃\ masculin

  1. (Agronomie) (Biogéographie) (Écologie) (Ethnobiologie) Parcelle de terre utilisée pour l’agriculture.
    • Les champs d’avoine sont, certaines années, envahis par des plantes nuisibles telles que les chardons, les sanves, moutardes sauvages, ravenelles. — (Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts du département de la Lozère, 1903, page 24)
    • Monsieur le juge, comment serait-il possible que je possédasse une vache tachetée ou pas tachetée, n’ayant ni étable pour la loger, ni champ pour la nourrir. — (Octave Mirbeau, La vache tachetée, 1918)
    • Là, un champ labouré n’avait pas été ensemencé ; ici, une pièce de blé était trépignée par les bêtes. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 418 de l’éd. de 1921)
    • Parmi la maigre littérature, en particulier francophone, concernant la malherbologie, il manquait une synthèse taxonomique sur la flore des champs cultivés. — (Philippe Jauzein, Flore des champs cultivés , page 7, Éditions Quae, 2011)
    • En plein champ, au milieu des champs, de la campagne.
    1. (Par analogie) Étendue de plantes non-cultivées.
      • Les champs d'algues et les zones intertidales contribuent à la qualité de l'eau, facilitent la décomposition des matières organiques et constituent des sites de frai et d’alevinage. — (« Examen des pêcheries dans les pays de l'OCDE : Politiques et statistiques de base », OCDE, 2003, chap. III-20 (Japon))
    2. (Au pluriel) Campagne, terres labourables, prés, bois, bruyères, etc.
      • El Mouria, c’est toute la forêt : il en connaît tous les sentiers, à des lieues, les cantons à muguet, les champs de myrtilles, les placers de girolles, de pieds rouges, de charbonniers. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
      • Mener les vaches, les brebis aux champs.
      • Fleurs des champs.
      • Se promener dans les champs.
    3. (Au pluriel) Antonyme de ville.
      • Maison des champs.
      • Il est allé aux champs.
    4. (Militaire) Ancien synonyme de campagne.
  2. Recul, espace.
    • Se donner du champ, donner ou se donner de l’espace.
    1. (Par extension) Domaine d’étude, espace virtuel.
      • En proposant le passage, incessant, d'un discours ordinaire au champ de la science, en devenant un « agitateur de mots », le vulgarisateur se donne un joli rôle : celui de l’intermédiaire, du « passeur de mots ». — (Sabine Pétillon-Boucheron, Les détours de la langue : étude sur la parenthèse et le tiret double, page 299, éditions Peeters, 2002)
      • […], néanmoins l'émergence des premières sociétés à caractère compagnonnique se situe bien dans ce champ de l'histoire où le triptyque corporations-cathédrales-croisades contribue fondamentalement à forger la première identité compagnonnale. — (François Icher, Les compagnons ou l'amour de la belle ouvrage, 1995, Découvertes Gallimard n°255, 2005, page 29)
    2. (Physique) Espace où s’exercent des forces.
      • Un champ gravitationnel, magnétique, etc.
    3. (Sociologie) Espace social métaphorique, relationnel et concurrentiel où s’exercent des forces, des enjeux de pouvoirs.
      • Le champ politique, médiatique, etc.
    4. (Mathématiques) Espace occupé ou non par un objet mathématique.
      • Le champ scalaire, vectoriel, matriciel, etc.
    5. (Informatique) Espace éditable dans un formulaire.
    6. (Bases de données) Colonne de table de base de données, avec un type.
    • Champ alpha-numérique, champ numérique, champ texte, champ dates, champ booléens, champ compteur automatique, etc.
  3. (Figuré) Carrière, sujet, occasion.
    • On lui a donné, on lui a ouvert un beau champ pour acquérir de la gloire.
    • Un vaste champ s’ouvre devant nous.
    • Il a un beau champ pour paraître avec avantage.
    • Voilà un beau champ pour étaler son éloquence, son érudition.
  4. Liberté, champ libre.
    • Donner du champ à quelqu’un.
    • Avoir encore du champ devant soi, Avoir encore des ressources.
    • Être à bout de champ, N’avoir plus de ressources.
  5. Étendue plane.
    1. Fond sur lequel on peint, on grave, on représente quelque chose.
      • Le champ de ce tableau est trop clair.
      • Ses armes sont un lion d’or en champ d’azur, sur champ d’azur.
      • Le champ de cette pièce de monnaie est terne.
    2. Étendue qu’embrasse la vue, champ de vision.
      • Cette lunette a trop peu de champ.
      • Le champ visuel.
      • Diminution du champ visuel.
      1. (Par analogie) Portion de l’espace visible à travers l’objectif d’une caméra et limité par le cadre.
        • La maîtrise du champ est un des éléments-clé du coût d’un film : un élément parasite se trouvant accidentellement dans le champ nécessite de refilmer la même scène.
    3. (Par ellipse) Étendue de nuances et de coloris que couvre une couleur dominante, champ chromatique.
      • Appartiennent à ce champ : albâtre, blanc d'argent, argile, blanchâtre. — (http://www.soa-home-deco.fr)
  6. Tour et église ouvertes du champ (sens héraldique)
    (Héraldique) Fond de l’écu. Surface la plus basse des armoiries, délimitée par un périmètre. Seule sa couleur est blasonnée. Quand un blasonnement fait référence au champ, c’est pour éviter la répétition de la couleur utilisée pour le champ.
    • Taillé, au premier d’or à la tour de sable, ouverte et maçonnée du champ, au second de sable à l’église d’or, ouverte et ajourée du champ, qui est de Nouvelle-église. → voir illustration « tour et église ouvertes du champ »
    • L’un porte ses rayures noires sur un fond rosé comme le plumage de la tourterelle, l’autre n’est, des oreilles à la queue, que zébrures pain brûlé sur champ marron très clair, comme une fleur de giroflée. — (Colette, Chats, dans La maison de Claudine, Hachette, 1922, collection Livre de Poche, 1960, page 141.)
  7. (Cartographie) (Rédaction cartographique) Étendue géographique représentée sur une carte, à l’intérieur de l’orle si celui-ci existe ou se confondant avec la surface cartographiée dans le cas contraire[1].
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Champ : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CHAMP. n. m.
Pièce de terre labourable, qui ordinairement n'est pas entourée de murs. Champ fertile. Champ stérile. Champ de tant de superficie. Labourer, cultiver, fumer, semer, moissonner un champ. Champ de blé. Au bout du champ. Au milieu d'un champ. Fig., Un champ d'observation. En plein champ, Au milieu des champs, de la campagne. Passer la nuit en plein champ. Champ de foire, Emplacement où se tiennent les marchés, les foires. Champ de course, Espace où se font des courses de chevaux. Champ du repos se dit d'un Cimetière. On dit aussi dans le même sens Champ des morts. Champs Élysées, Lieu de séjour réservé, d'après les Anciens, à ceux qui ont mené une vie vertueuse. Au pluriel, il signifie Toutes sortes de terres, tant les terres labourables que les prés, les bois, les bruyères, etc., pris tous ensemble. Mener les vaches, les brebis aux champs. Fleurs des champs. Se promener dans les champs. Il ne fait pas bon aux champs dans cette saison. À travers champs, Hors des routes battues. Prendre, aller à travers champs. On dit aussi À travers les champs. Fig. et fam., Se sauver à travers champs, se dit d'une Personne qui essaie, par différents discours, d'échapper à une question pressante. Courir les champs, Se promener, errer dans les champs. Et, au figuré, en parlant de l'esprit, de l'imagination vagabonde : Son esprit court les champs. Au pluriel, il se dit aussi de Tous les lieux qui ne sont point dans les villes ou dans les faubourgs. Maison des champs. Il demeure aux champs. Il est allé aux champs. La vie des champs. Fig. et fam., Un rien le met aux champs, il se met aux champs pour la moindre chose, se dit de Quelqu'un qui se fâche ou qui s'inquiète aisément. On dit dans un sens analogue Être aux champs. Fig. et fam., Avoir la clef des champs. Donner la clef des champs. Prendre la clef des champs. Voyez CLEF. En termes militaires, Battre aux champs. Voyez BATTRE. Champ de bataille se dit de la Place où combattent deux armées. Il est demeuré maître du champ de bataille. Le champ de bataille lui est demeuré. Il a couché sur le champ de bataille. Visiter un champ de bataille après le combat. Vingt mille hommes restèrent sur le champ de bataille, Ils furent tués ou blessés. On dit dans le même sens, Le champ d'honneur. Fig. et fam., Il a bien pris, bien choisi son champ de bataille, Il a pris ses avantages pour réussir. Fig. et fam., Le champ de bataille lui est demeuré, se dit de Quelqu'un qui a remporté l'avantage dans un débat. Champ de manœuvres, Vaste espace plat où s'exécutent les manœuvres militaires. On dit aussi CHAMP DE MARS. Champ de tir, Terrain disposé pour les exercices de tir à la cible. Champ d'aviation. Voyez AÉRODROME. Champ clos, Lice, lieu fermé de barrières, dans lequel deux ou plusieurs personnes vidaient autrefois leurs différends par les armes, avec la permission du prince ou du magistrat. Se battre en champ clos. Dans les combats de ce genre qui avaient lieu à cheval, on disait Prendre du champ, Prendre de l'espace pour mieux fournir sa carrière. Par extension, Donner ou se donner du champ, Donner ou se donner de l'espace. Il signifie aussi figurément Carrière ou Sujet, occasion. On lui a donné, on lui a ouvert un beau champ pour acquérir de la gloire. Un vaste champ s'ouvre devant nous. Il a un beau champ pour paraître avec avantage. Voilà un beau champ pour étaler son éloquence, son érudition. Laisser à quelqu'un le champ libre, Ne point s'opposer à ses prétentions, ne point se mettre en concurrence avec lui. Vous pouvez continuer vos démarches, je vous laisse le champ libre. Avoir le champ libre, Avoir la liberté de faire une chose. Rien ne vous empêche d'y aller : vous avez le champ libre. On dit dans un sens analogue Donner un champ libre à son imagination, à sa colère, à sa fureur. Donner du champ à quelqu'un. Avoir encore du champ devant soi, Avoir encore des ressources. Être à bout de champ, N'avoir plus de ressources. Il désigne encore, figurément, un Fond sur lequel on peint, on grave, on représente quelque chose. Le champ d'un tableau, d'une médaille, d'un écusson. Le champ de ce tableau est trop clair. Ses armes sont un lion d'or en champ d'azur, sur champ d'azur. Il se dit aussi de l'Étendue qu'embrasse une lunette d'approche. Cette lunette a trop peu de champ. Il s'emploie aussi, en termes d'Optique, pour désigner l'Espace qu'une vue normale embrasse. Le champ visuel. Diminution du champ visuel. En termes de Chirurgie, Champ opératoire, Région circonscrite du corps sur laquelle est effectuée une opération.

SUR-LE-CHAMP, loc. adv. Sur l'heure même, sans délai. Cela fut vidé, fut décidé sur-le-champ. On l'arrêta sur-le-champ. Répondre sur-le-champ. Prêcher, haranguer, parler sur-le-champ, Sans préparation, d'abondance.

À TOUT BOUT DE CHAMP, loc. adv. et fam. À chaque instant, à tout propos. Il retombe dans la même faute à tout bout de champ.

Champ : définition du Littré (1872-1877)

CHAMP (chan ; prononciation qui est celle qu'au XVIe siècle Palsgrave indique, p. 24 ; le p ne se lie jamais : un champ aride, dites : un chan aride ; au pluriel l's se lie : des chan-z arides) s. m.
  • 1Espace ouvert et plat. Du haut du Pic du Midi un champ immense s'étend devant les yeux.

    Champ de foire, l'emplacement où se tient une foire.

    Champ de course, espace où se font des courses de chevaux.

    Champ du repos, cimetière.

    Champ de Mars, lieu, à Rome, consacré à des exercices militaires et à des réunions populaires. Le peuple au champ de Mars nomme les magistrats, Racine, Brit. I, 2.

    Aujourd'hui, champ de Mars, lieu destiné à faire manœuvrer des troupes.

    Champ de mars, de mai, assemblées que tenaient en mars ou en mai les rois francs pour régler les affaires de l'État.

    Champs Élysées, Élysiens ou Élyséens, séjour des âmes heureuses, selon les païens.

  • 2Pièce de terre labourable. Petit champ. Champs cultivés. Champ fertile, stérile, labouré, fumé, ensemencé, moissonné. Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût : Creusez, fouillez, bêchez, La Fontaine, Fabl. V, 9. Si le possesseur de ces champs Vient… Le possesseur du champ vient avecque son fils : Ces blés sont mûrs, dit-il, La Fontaine, ib. IV, 22. Le lièvre et la perdrix, concitoyens d'un champ, Vivaient dans un état, ce semble, assez tranquille, La Fontaine, ib. V, 17. Tel qu'un ruisseau docile Va rendre tout un champ fertile, Racine, Esth. II, 9.

    Fig. Nous devons l'apologue à l'ancienne Grèce : Mais ce champ ne se peut tellement moissonner, Que les derniers venus n'y trouvent à glaner, La Fontaine, Fabl. III, 1. Le champ de la nature ne peut s'épuiser, et l'on y trouve toujours des moissons nouvelles, Chateaubriand, Génie, I, V, 4.

  • 3 Au plur. La campagne en général. Maison des champs. Travaux des champs. Vie des champs. Un homme des champs. Mener les bêtes aux champs. Aller aux champs, en parlant des troupeaux. Chemin qui va à travers champs. Quand on les envoie à leurs maisons des champs, Pascal, Div. 2. Votre maître de musique est allé aux champs, et voilà une personne qu'il envoie à sa place, Molière, Mal. im. II, 4. L'innocence des champs est-elle votre fait ? La Fontaine, Fabl. VII, 2. Autrefois le rat de ville Invita le rat des champs, La Fontaine, ib. I, 9. Tigres dans les forêts, alouettes aux champs, La Fontaine, ib. IV, 22. Mangez ce grain, et croyez-moi. Les oiseaux se moquèrent d'elle : Ils trouvaient aux champs trop de quoi, La Fontaine, Fabl. I, 8.

    D'après de Caillières, en 1690 : Je m'en vais aux champs ; Il est à sa maison des champs, étaient des façons de parler bourgeoises. Mais les meilleurs auteurs s'en servaient de son temps, et l'usage les a conservées.

    Être aux champs et à la ville, être logé de façon à jouir des agréments de la campagne.

    Fig. Avoir, donner, prendre la clef des champs, avoir la liberté de s'en aller, la donner, la prendre.

    Avoir un œil aux champs et l'autre à la ville, veiller à tout.

    Poétiquement, les champs, un pays, un canton. Un autre vous dirait que dans les champs troyens Nos deux pères sans nous formèrent ces liens, Racine, Andr. IV, 5. Ô rives du Jourdain, ô champs aimés des cieux, Racine, Esth. I, 2. Ô fortuné séjour, ô champs aimés des cieux ! Que pour jamais foulant vos prés délicieux, Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde, Et, connu de vous seuls, ignorer tout le monde ! Boileau, Ép. VI.

    En plein champ, au milieu de la campagne, loin de toute habitation.

    À travers champs ou à travers les champs, en s'écartant de la route battue ou du chemin frayé pour aller plus directement à son but, en traversant les champs. Aller à travers champs, La Bruyère, VI.

    Fig. À travers champs, sans ménagement, en désordre, ou par des voies détournées du droit chemin. D'un certain magister le rat tenait ces choses, Et les disait à travers champs, La Fontaine, Fabl. VIII, 9.

    Se sauver à travers champs, essayer d'échapper par des subterfuges à une question pressante.

    Familièrement. Courir les champs, errer dans la campagne.

    Fig. Quitter son logis, errer de lieux en lieux. Mme de Mazarin court les champs de son côté, Sévigné, 240. Et dans un autre sens figuré, être compromis. Son honneur ? ah ! il y a longtemps qu'il court les champs.

    Fou à courir les champs, réellement fou.

    Fig. et familièrement. Être aux champs, être en colère ou en grande perplexité. Un rien le met aux champs. Il se met aux champs pour rien. Voilà M. le duc aux champs et le roi en colère qui voulut savoir qui était du souper, Saint-Simon, 42, 248.

  • 4 Terme militaire. Battre aux champs, battre la marche, ou pour rendre les honneurs. Quand le duc d'Anjou [roi d'Espagne] sortait ou rentrait, la garde battait aux champs, Saint-Simon, 83, 83.

    Fig. Battre aux champs, prendre la campagne. L'armée est assez forte Pour faire corps et battre aux champs, La Fontaine, Coupe.

  • 5Le lieu où se livre une bataille. Champ de bataille. Quitter le champ de bataille. Mourir ou rester sur le champ de bataille. Laissant le champ libre à l'ennemi. Le prince au champ de Mars, Chaque jour, chaque instant, s'offre à mille hasards, Corneille, Héracl. I, 1. Dans ton champ de bataille, aux yeux de ton armée, Corneille, Rod. IV, 4. Toi qui connais ce peuple et sais qu'aux champs de Mars Lâchement d'une femme il suit les étendards, Corneille, ib. II, 2. Quel champ couvert de morts me condamne au silence ? Racine, Iphigén. IV, 4. Qu'il me tarde déjà d'être au champ de la gloire, D'aller aux ennemis arracher la victoire ! Regnard, Folies amour. III, 10. Un guerrier expirant au champ d'honneur, dans la force de l'âge, peut être superbe [en statue], Chateaubriand, Génie, III, I, 5.

    Fig. et familièrement. Il prend, il choisit bien son champ de bataille, il prend ses avantages Il reste toujours maître du champ de bataille, il a toujours le dessus dans un débat. Dans le même sens, le champ de bataille lui est demeuré.

  • 6Champ ou champ clos, lice, lieu fermé de barrières, soit pour les duels judiciaires, soit pour les tournois. Ouvrir le champ, y admettre les combattants. Faites ouvrir le champ, vous voyez l'assaillant, Corneille, Cid, IV, 5. Les deux généraux et les deux armées semblaient avoir voulu se renfermer dans des bois et dans des marais pour décider leur querelle comme deux braves en champ clos, Bossuet, Louis de Bourbon. Ceux qui perdaient le champ étaient les vaincus, Voltaire, Mœurs, 107.

    Prendre du champ, prendre de l'espace, de l'élan. Ils prirent du champ et coururent l'un sur l'autre avec furie, Chateaubriand, Dern. des Abenc. 185.

    Fig. et familièrement. Avoir encore du champ devant soi, avoir des ressources, le temps, les moyens de se tirer d'affaire, n'être pas encore au moment critique.

    Être à bout de champ, n'avoir plus de ressources.

  • 7Tout théâtre où il se débat quelque chose. Sans entrer dans le champ j'attends que l'on m'assaille, Régnier, Ép. II. Viens combattre en champ clos aux joutes du barreau, Boileau, Lutr. VI. Je laisse aux plus hardis l'honneur de la carrière, Et regarde le champ assis sur la barrière, Boileau, Ép. I. Ouvrir sur cette table un champ au lansquenet, Boileau, Sat. X. Je vous fermais le champ où vous voulez courir, Racine, Iph. IV, 6.
  • 8Espace libre, carrière, sujet. Le champ de la gloire. Un champ où l'éloquence puisse se déployer. Un vaste champ s'ouvre à votre activité. Le champ est ouvert aux soupçons. Laisser le champ libre à l'injure. Ils me laissent le champ libre pour faire ce qui me plaît, Sévigné, 68. … Par quel caprice Laissez-vous un champ libre à votre accusatrice ? Racine, Phèd. V, 1. Sylla… N'a fait qu'ouvrir le champ à César et Pompée, Corneille, Cinna, II, 1. Vous avez le champ libre, Molière, Mis. III, 5. Et laissent un champ libre à leur persévérance, Molière, Fâch. II, 4. Et l'aigreur de la dame à ces sortes d'outrages Dont la plaint doucement le complaisant témoin, Est un champ à pousser les choses assez loin, Molière, Éc. des maris, I, 6. Voilà un beau champ ouvert aux catholiques, Bossuet, Var. 15. Voilà un champ bien ample pour exercer un cœur, Sévigné, 236. Et si l'effet enfin suivant mon espérance Eût ouvert un champ libre à ma reconnaissance, Racine, Baj. V, 4. Puisse le ciel… Ouvrir un champ plus noble à ce cœur excité, Racine, Iph. I, 2. Le champ vous est ouvert, Racine, Plaid. II, 9. Il a bien moins de champ que nous pour comparer et pour combiner, Diderot, Lettr. sur les aveugl. La Trinité ouvre un champ immense d'études philosophiques, Chateaubriand, Génie, I, 3. En morale et en histoire, on tourne dans le champ étroit de la vérité, Chateaubriand, Génie, III, III, 3.
  • 9L'étendue qu'embrasse une lunette d'approche, etc. Tâchez de mettre ces deux objets dans le champ de la lunette. Tout ce qui regarde l'augmentation des objets, les ouvertures qu'il faut laisser aux lunettes, le champ qu'on peut leur donner, Fontenelle, Hartsoeker.
  • 10 Terme de peinture et de gravure. Le fond d'une toile et d'un cuivre d'attente, où l'art n'a encore rien tracé.

    Terme de blason. Le fond de l'écu, qui est chargé des diverses pièces dont se composent les armoiries. Ses armes sont un lion d'or en champ d'azur.

    Terme d'architecture. L'espace qui reste autour d'un cadre ; le fond d'un ornement, d'un compartiment.

  • 11 Terme d'art militaire. Champ de feu, espace que parcourt un projectile lancé par une arme à feu.

    Champ de lumière, excavation oblongue pratiquée sur une bouche à feu autour du point où aboutit la lumière.

  • 12Le milieu d'un peigne qui a deux rangées de dents.
  • 13Sur-le-champ, locut. adverb. Aussitôt, sans délai. Parler sur-le-champ, sans préparation. Être forcé de prendre sa résolution sur-le-champ. Exécuter les ordres sur-le-champ. Et s'il m'eût voulu perdre, il l'eût fait sur-le-champ, Mairet, Sophon. I, 4. Je voulais sur-le-champ congédier l'armée, Racine, Iph. I, 4.

    Sur-le-champ que, aussitôt que. L'aveuglement sur Vaudemont fut tel qu'il eut, sur-le-champ qu'il le demanda, le régiment d'Espinchal, Saint-Simon, 120, 66. Locution hors d'usage et qui ne se trouve peut-être que dans St-Simon.

  • 14À tout bout de champ, à chaque bout de champ, locut. adverb. et familière. À chaque instant, à tout propos. Or il ne me chaudrait, insensés ou prudents, Qu'ils fissent à leurs frais messieurs les intendants à chaque bout de champ…, Régnier, Sat. X. À chaque bout de champ vous mentez comme un diable, Corneille, le Ment. III, 6. Ils lui faisaient à tout bout de champ des contes, Hamilton, Gramm. 11. Je m'arrête vraiment à tout bout de champ ; ici, j'y suis depuis huit jours, et ne sais encore quand j'en partirai, Courier, II, 63.

    PROVERBE

    Il y a assez de champ pour faire glane, c'est-à-dire il y a assez de besogne pour tout le monde, ou bien il y a de quoi contenter tout le monde.

HISTORIQUE

XIe s. Tant riches reis morz et vaincuz en champ, Ch. de Rol. X. Li quens Rolans au champ est repairé, ib. CXXXIX. Averons-nous la victoire du champ ? ib. CCLVI.

XIIe s. Servez le bien, l'onor dou camp aurez, Roncisv. 41. Encore en sont li champ ensanglantez, ib. 94. Tant que Dex voille, du champ aions l'honor, ib. 108. L'erbe du camp qui ert verte et delgée [menue], ib. 137. Vous jurerez premiers de ce camp [champ clos] arrami, ib. 192. Tuit en [de chevaliers] seront couvert li champ et li larri, Saxons, XXIV. Tuz suls entra en champ cumme bons champiuns, Th. le mart. 38. E tut cil qui laburent el champ nostre seigneur, ib. 73.

XIIIe s. Li jours estoit biaus et li cans si plains [uni] que il n'i avoit fosse ne mont ne val, H. de Valenciennes, V. Car fors à estre as chans mout durement [elle] convoite, Berte, XXIX. Li tans est tix que perilleuse coze est d'aler as cans, Beaumanoir, IX, 8. Quant tuites ces cozes dessus dictes seront fetes, cil qui se combatent doivent estre mis el camp de la bataille, Beaumanoir, LXIV, 11.

XIVe s. Aucun peut vouloir que en un champ de bataille celui ait vittoire, qui faint estre champion, Oresme, Eth. 64.

XVe s. Et se partirent un samedi [les soudoyers] et aussi ceux du castel et de la malemaison, et se trouverent tous sur les champs, Froissart, I, I, 100. Si monta au plutost qu'il put sur fleur de coursier et prit les champs, Froissart, I, I, 103. … Qu'ils fussent forts et puissans de resister contre les François qui y tenoient les champs, Froissart, I, I, 215. Je vous en appelle de champ et veez ci mon gage, Froissart, II, II, 46. Et incontinent mist ses gens d'armes aux champs, Commines, I, 2.

XVIe s. Loin de penser à lui donner la clef des champs, Mém. sur du Guesclin. 7. Sur le champ, Montaigne, I, 11. Avoir la clef des champs, Montaigne, I, 125. Le vray champ et subject de l'imposture sont les choses incogneues, Montaigne, I, 247. Il faut qu'il y en ait un [penchant] à qui le champ demeure, Montaigne, I, 269. Tel en camp clos, qu'en une battaille, Montaigne, II, 7. En ce qui concerne les combats, les conseils se prenent ordinairement sur le champ [sur les lieux], Lanoue, 436. L'armée de terre se mettroit aux champs, Lanoue, 440. La fortune luy favorisa en ce combat, de maniere qu'il desfict le Gaulois, et le despouilla sur le champ [sur place], Amyot, Num. 22. Fabius s'en prit à rire, et luy respondit sur le champ, Amyot, Fab. 47. Il avoit combattu vingt et trois fois en camp clos, Amyot, P. Aem. 53. Je bus, dit-il, mes armoiries. - Et bien, Monsieur, quel en est le camp ? D'Aubigné, Faen. IV, 7. Ce fut aux ministres à desploier leur eloquence, et se servir d'une nouvelle qui arriva sur ce champ, assavoir que…, D'Aubigné, Hist. II, 277. Nombre superficiel quarré qui peut estre appelé champ ; quarré de quarré, que nous appellons champ de champ, Et. de la Roche, Arismetique, f° 42. Mieux vaut un bon temps qu'un bon champ, Leroux de Lincy, Prov. t. J. p. 61. Bois ont oreilles, et champs œillets [yeux], Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. CHAMP. Ajoutez :
15 Terme de turf. L'ensemble des chevaux qui se présentent pour figurer dans la même épreuve. Parier pour un cheval contre le champ, c'est parier pour un cheval contre tous ses concurrents.
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Champ : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* CHAMP, s. m. se dit au simple d’un espace de terre cultivée, plus ou moins grand : plusieurs champs forment la piece de terre ; plusieurs pieces forment un territoire. Comme les terres cultivées sont ordinairement hors de l’enceinte des villes, bourgs, & villages, on entend par aller dans les champs, se promener dans les champs, parcourir par exercice les terres cultivées qui sont aux environs des habitations. On dit aller aux champs, pour mener paître les bestiaux ;

Si le Tasse, Virgile, & Ronsard, sont des ânes,
Sans perdre en vains discours le tems que nous perdons,
Allons aux champs comme eux, & mangeons des chardons.

De cette acception du mot champ ou espace de terre, ouvert de tout côté, on en a dérivé un grand nombre d’autres. Exemples.

* Champ, (Hist. anc.) c’étoit un lieu ouvert dans la campagne où les jeunes gens s’assembloient pour y faire leurs exercices, & y célébrer certains spectacles, &c. & où les citoyens tenoient aussi leurs comices, ou les assemblées dans lesquelles il s’agissoit de délibérer de quelque affaire publique. On comptoit à Rome un grand nombre de champs : il y avoit le champ d’Agrippa, le champ Brutien, le Caudetan, le Lanatarius, le Martius, le Pecuarius, le Setarius, le Viminalis, &c. mais par le nom de champ sans addition, on entendoit toûjours le champ de Mars.

Le campus Agonius étoit situé entre la vallée Martia & le cirque de Flaminius : ce n’étoit qu’un marché.

Le champ d’Agrippa étoit dans la septieme région de la ville, entre le capitole & ce qu’on appelle aujourd’hui le collége Romain.

Le champ Brutien ou Brytien étoit dans la quatorzieme région de la ville, au Janicule, près du faubourg Brutianus, à peu de distance des murs de la ville. Il avoit été ainsi nommé des Brutiens, ou comme d’autres le prétendent, d’un Brutus qui l’avoit fait orner.

Le Caudetanus se trouvoit aussi dans la quatorzieme région, & avoit été ainsi nommé d’un petit bouquet de bois, entre lequel on imagina quelque ressemblance avec la forme de la queue d’un cheval.

Le Cælimontanus étoit dans la seconde région ; on en ignore la place, à moins que ce champ n’ait été le même que le campus Martialis.

L’Esquilinus étoit dans la cinquieme région, au haut du mont Esquilin, où l’on étoit dans l’usage d’enterrer la populace & les pauvres : Pantolabum scurram, Nomentanumque nepotem. Le champ Esquilin fut hors de la ville jusqu’au tems de Servius Tullius, sous lequel il y fut réuni : on y éleva dans la suite des édifices, & Mécene finit par en faire ses jardins ; ainsi qu’Horace nous l’apprend dans la satyre Olim truncus eram, &c. où l’on voit encore que c’étoit-là que les magiciens alloient faire leurs incantations nocturnes.

Le Figulinus étoit dans la treizieme région, entre le Tibre & le mont Aventin : il a pris son nom des Potiers qui habitoient ce quartier.

Le campus Floræ, ou champ de Flore étoit dans la neuvieme région : ce fut là qu’on bâtit le théatre de Pompée : on y publioit les lois, les édits, & les reglemens du sénat ; on y célébroit les jeux appellés floralia en l’honneur d’une des affranchies de Pompée, d’où il fut appellé campus Floræ ; ou d’une courtisane de l’ancienne Rome qui avoit amassé assez d’argent pour fonder des jeux en sa mémoire. Ces jeux furent institués ; mais dans la suite des tems, la gravité romaine offensée de ces fêtes, tâcha d’en abolir la honte, en les perpétuant non à l’honneur de la courtisane, mais de la déesse des fleurs ; cependant les jeux continuerent toûjours à se ressentir de leur premiere institution, par la liberté des actions & des paroles qui y regnoient.

Le campus Horatiorum ; on n’en connoît pas la place : c’étoit peut-être l’endroit du combat des Horaces & des Curiaces.

Le campus Jovis ; c’est, selon quelques-uns, le même que le campus Martius major, où Jupiter vengeur avoit en effet son temple : d’autres, au contraire, veulent que ce fut le campus Martius minor, où il y avoit une statue colossale de Jupiter.

Le Lanatarius étoit dans la douzieme région ; il fut ainsi nommé, à ce qu’on dit, des marchands de laine qui y étoient établis ou qui s’y assembloient.

Le campus Martialis étoit dans la seconde région, sur le mont Cælius. Il fut nommé martialis, de Mars dont on y célébra les equiria, lorsque le champ de Mars fut inondé par le Tibre. C’est actuellement la place de devant l’Eglise de S. Jean de Latran.

Le campus Martius, champ de Mars, qui se nommoit par excellence campus ou campus Martius major, pour le distinguer du campus Martius minor, étoit dans la neuvieme région ; il fut consacré à Mars par Romulus même suivant quelques-uns ; & suivant d’autres, par le peuple après l’expulsion de Tarquin le superbe, qui se l’étoit approprié & qui le faisoit cultiver. Quoi qu’il en soit, ce n’étoit dans les commencemens qu’une prairie où la jeunesse Romaine alloit s’exercer, & où l’on faisoit paître les chevaux ; les Romains en firent dans la suite un des principaux lieux de leurs assemblées, & un des endroits de Rome les plus remarquables par les décorations. Il s’étendoit depuis la porte Flaminia jusqu’au Tibre, & comprenoit ce qu’on appelle aujourd’hui la place Borghese, le Panthéon, les places di Carlo Farnese, di Ponti, di Navone, Nicosea, &c. avec la longue rue di Scrofa, & l’entrée du pont S. Ange. Il étoit hors de la ville ; Jules César eut le dessein de l’y renfermer ; mais Aurélien passe pour l’avoir exécuté, en conduisant les murs de la ville depuis la porte Colline jusqu’au Tibre. Ce champ étoit très-beau par sa situation ; c’étoit le lieu des exercices militaires. On y luttoit ; lorsque les jeunes gens étoient couverts de sueur & de poussiere, ils se jettoient dans le Tibre qui l’arrosoit. C’étoit-là que se tenoient les comices ou assemblées générales du peuple. Plusieurs grands hommes y avoient leurs sépultures. Les statues y étoient si nombreuses, que pour en peindre l’effet, les auteurs ont dit qu’on les eût prises de loin pour une armée. L’empereur Auguste y avoit son tombeau ; il étoit encore remarquable par un obélisque surmonté d’une boule dorée qui servoit de gnomon à un cadran solaire. Cet obélisque, après avoir resté pendant plusieurs siecles enseveli sous les ruines de l’ancienne Rome, & sous les maisons de la Rome nouvelle, fut relevé par les soins de Benoît XIV. aujourd’hui régnant. Ce pontife acheta toutes les maisons qui le couvroient, & le rétablit dans son ancienne splendeur. Le campus Martius comprenoit différens portiques, la villa publica, le Panthéon, les thermes Néroniens, les thermes d’Agrippine, le théatre de Pompée, le cirque Flammien, la colonne d’Antonin, la basilique d’Antonin, le Diribitorium, différens temples, & une infinité de choses remarquables. C’est aujourd’hui un des quartiers de Rome les plus habités.

Le campus Martius minor étoit une partie du campus Martius major, & la même chose que le campus Tiberinus qui avoit été donné au peuple par Caia Teratia ; il s’étendoit depuis le pont Janicule, ou suivant le nom moderne depuis le pont de Sixte, jusqu’au pont S. Ange. Cet endroit est aussi couvert de maisons.

Le campus Octavius. On n’en sait pas la position. On conjecture que ce champ fut ainsi nommé par Auguste, en mémoire de sa sœur Octavie.

Le campus Pecuarius étoit dans la neuvieme région. Il étoit ainsi appellé du commerce de bestiaux qui s’y faisoit.

Le campus Rediculi étoit devant la porte Capene ; ce fut dans cet endroit qu’Annibal campa, lorsqu’il se fut approché de Rome avec son armée.

Le campus Sceleratus étoit dans la sixieme région, à peu de distance de la porte Colline. Il y avoit là un soûterrain dans lequel on descendoit les vestales convaincues d’avoir péché contre leurs vœux ; elles y étoient comme enterrées toutes vives ; ce soûterrain n’étoit qu’à cet usage.

Le campus Tergeminorum étoit placé, selon quelques-uns, dans la onzieme région, & suivant d’autres dans la treizieme ; il étoit ainsi appellé de la porte Tergemina, au-devant de laquelle il étoit, à l’endroit où les Horaces & les Curiaces avoient combattu. Mais on ne sait précisément en quel endroit étoit la porte Tergemina ; on conjecture que c’étoit entre le Tibre & le mont Aventin, à l’extrémité de la ville, où est actuellement la porte d’Ostie.

Le campus Vaticanus étoit dans la quatorzieme région, entre le mont Vatican & le Tibre, où est aujourd’hui la citta Leonina.

Le campus Viminalis étoit dans la quinzieme région, près des remparts de Tarquin ; c’est ce qu’on appelle aujourd’hui villa Peretta.

Tant de places ne doivent pas peu contribuer à nous donner une haute idée de l’étendue & de la magnificence de l’ancienne Rome, sur-tout si nous en faisons la comparaison avec les villes les plus grandes qui soient en Europe. V. ant. exp. & hed. lex.

Champ de Mars ou de May. C’étoit ainsi que dans les premiers tems de la monarchie Françoise on appelloit les assemblées générales de la nation, que les rois convoquoient tous les ans pour y faire de nouvelles loix, pour écouter les plaintes de leurs sujets, décider les démêlés des grands, & faire une revûe générale des troupes.

Quelques auteurs ont tiré ce nom d’un prétendu champ de Mars semblable à celui de Rome, mais sans fondement ; d’autres, avec beaucoup plus de vraissemblance, le font venir du mois de Mars où ces assemblées se tenoient ; & sous le roi Pepin, vers l’an 755, ce prince les remit au mois de Mai, comme à une saison plus douce, pour faire la revûe des troupes. Elles conservent néanmoins l’ancien nom de champ de Mars, & on les nomme aussi quelquefois champ de May.

Les rois recevoient alors de leurs sujets ce qu’on appelloit les dons annuels ou dons royaux, qui étoient offerts quelquefois volontairement, & quelquefois en conséquence des taxes imposées. Et ces taxes étoient destinées aux besoins du roi & de l’état. Nous avons beaucoup de preuves que les ecclésiastiques n’étoient pas exempts de ce tribut à cause de leurs domaines & de leurs fiefs. Quelques monasteres les devoient aussi, & donnoient outre cela un contingent de troupes dans le besoin : d’autres, qui étoient pauvres, n’étoient obligés qu’à des prieres pour la santé du prince & pour la prospérité du royaume. Et c’est de-là que l’on tiré l’origine des subventions que le clergé paye au roi. Sous la seconde race on tint ces assemblées deux fois l’an, savoir au commencement de chaque année, & au mois d’Août ou de Septembre. Sous la troisieme race elles prirent le nom de parlement & d’états généraux. Voyez Parlement, Etats généraux. (G) (a)

Ce même usage étoit établi chez les anciens Anglois, qui l’avoient emprunté des François, comme il paroît par les lois d’Edouard le confesseur, qui portent que le peuple s’assembleroit tous les ans pour renouveller les sermens d’obéissance à son prince. Quelques Auteurs Anglois parlent encore de cette coûtume vers l’an 1094, & disent que l’assemblée de la nation se fit in campo Martio ; ce qui montre que ces assemblées se tenoient encore sous les premiers rois Normands après la conquête ; & qu’encore qu’elles se tinssent au mois de Mai, elles ne laissoient pas de conserver le nom de champ de Mars. Ducange, 4e dissert. sur l’hist. de S. Louis. (G)

Champ clos, (Hist. mod.) étoit anciennement un lieu clos ou fermé de barrieres, destiné aux joûtes & aux tournois, divertissemens que prenoient les souverains & qu’ils donnoient à leur cour. Mais on l’a aussi attribué à des combats singuliers qui étoient quelquefois ou permis ou ordonnés par les souverains, pour la vengeance des injures, & pour maintenir l’honneur des chevaliers, ou même celui des dames de la cour. Alors on se battoit en champ clos, & ces combats avoient leurs lois & leurs juges, comme on le verra ci-dessous au mot Champion. Voyez aussi les articles Joutes, Barriere, Tournois. (a)

Champ, en terme de guerre, est le lieu où s’est donné une bataille. Le général est resté maître du champ de bataille. A la bataille de Malplaquet les ennemis acheterent le stérile honneur de demeurer maîtres du champ de bataille, par le plus horrible carnage qui fut fait de leurs troupes. (Q)

Champ, en terme de Blason, est la face plane ordinairement de l’écu, ou écusson. On lui a donné ce nom, parce qu’elle est chargée des armes que l’on prenoit autrefois sur l’ennemi dans un champ de bataille.

C’est le lieu qui porte les couleurs, les pieces, les métaux, les fourrures, &c. On commence par blasonner le champ : il porte de sable, &c.

Les auteurs modernes qui ont écrit sur le Blason, se servent plus souvent du terme d’écu & d’écusson, que de celui de champ. Voyez Ecu & Ecusson.

Champ, (terme d’Architecture.) espace qui reste autour d’un cadre, ou chambranle de pierre, & qui dans la menuiserie s’appelle balie. (P)

Champ d’une lunette, (Lunettier.) est l’espace que cette lunette embrasse ; c’est-à-dire ce que l’on voit en regardant dans la lunette. C’est une perfection dans une lunette d’embrasser beaucoup de champ ; mais cette perfection nuit souvent à une autre, c’est la netteté des objets. Car les rayons qui tombent sur les bords du verre objectif, & d’où dépend le champ de la lunette, sont rompus plus inégalement que les autres, ce qui produit des couleurs & de la confusion. On remédie à cet inconvénient par un diaphragme placé au-dedans de la lunette, qui en interceptant ces rayons diminue le champ, mais rend la vision plus distincte. (O)

Champ, en terme d’Orfevre en grosserie, c’est proprement le fond d’une piece où sont disposés en symmétrie les ornemens dont on l’enrichit, mais qui lui-même n’en reçoit point d’autre que le poli. Voyez Poli.

Champ, en Menuiserie, se dit de la largeur & longueur de la face d’un battant ou traverse, espace qui reste sans moulure. Voyez Champ en Architecture.

* Champ, (Peinture, Haute-lisse, Marqueterie, &c.) se dit de l’espace entier qui renferme les objets exécutés, soit avec les couleurs, soit avec les soies, soit avec les pieces de rapport ; & en ce sens il est synonyme à étendue. Quelques personnes ont donné à ce terme une acception bien différente ; ils ont dit qu’un corps étoit de champ à un autre, quand celui-ci étoit placé derriere ; ainsi, selon eux, la draperie d’un bras dans une figure est de champ à ce bras. Il ne paroît pas qu’en parlant ainsi ils ayent eu égard à la direction de la draperie, mais qu’ils ont employé l’expression de champ, soit que le corps qu’ils disoient de champ à un autre, fût ou perpendiculaire, ou incliné, ou parallele à celui-ci. Quoi qu’il en soit, M. de Piles a improuvé cette expression, & il prétend qu’il est mieux de dire cette draperie fait fond à ce bras ; cette terrasse fait fond à cette figure. Le terme de champ se restraint quelquefois à une seule partie d’un tableau, d’une tapisserie, &c. & alors il signifie seulement l’espace occupé par cette partie.

Champ a encore quelqu’autre signification en menuiserie & en charpenterie. Un corps y est dit être de champ, quand sa situation est exactement parallele à l’horison ; parallélisme dont on s’assûre à l’équerre ; alors de champ est opposé à incliné, & le contraire de debout. Un corps qui est de champ est perpendiculaire à un corps qui est vertical.

Autre signification d’être de champ, relative à la situation du corps & à ses dimensions. Un corps qui a moins d’épaisseur que de hauteur, comme une tuile, est dit être placé de champ, quand il est dressé sur son côté le plus étroit ; en ce cas il est opposé à couché, & synonyme à droit. Une tuile droite & une tuile de champ, c’est la même chose. Le terme de champ est encore d’usage en horlogerie. Une roue est placée de champ, quand son plan est perpendiculaire à la partie qu’on regarde comme la base de la machine. Car remarquez bien que dans une montre, par exemple, la roue qu’on appelle de champ ne peut être ainsi appellée que relativement aux plaques qui servent de base à toute la machine. C’est alors un terme relatif ; & si on le définit, eû égard à des choses extérieures à la machine même, la définition deviendra fausse. Ainsi, dans une machine telle que celle que nous venons de citer, celui qui dirit que la roue de champ est celle qui se meut perpendiculairement à l’horison, ne s’appercevroit pas que cette définition n’est vraie que dans la supposition, que quand cette roue est considérée, on a placé la montre horisontalement.

Champ besiale, (Jurispr.) dans la coûtume d’Acqs, est une terre ou lande sans maisons ni bâtimens, commune entre plusieurs co-propriétaires qui y ont chacun des parts certaines contigues les unes aux autres. Voyez la coûtume d’Acqs, tit. xj. art. 2. & le glossaire de Lauriere hoc verbo. (A)

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Champ : définitions subjectives sur Dicopedia

Dicopedia est un dictionnaire participatif où n'importe qui peut partager sa propre définition des mots de la langue française. L'intérêt de cette initiative est de proposer des définitions subjectives et très diverses, selon l'expérience de chacun. Nous ajouterons dans cette section les définitions de « champ » les plus populaires.

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Étymologie de « champ »

Étymologie de champ - Littré

Picard, camp ; nivernais, samp ; provenç. camp, cambo ; espagn. et ital. campo ; du latin campus, de même radical que le grec ϰῆπος, jardin.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de champ - Wiktionnaire

Du latin campus (« terrain plat, plaine », « campagne cultivée, champ, terrain, territoire », (Absolument) « le champ de Mars à Rome », « champ de bataille, lice, carrière, champ d’action, théâtre »). Ce mot est le doublet étymologique de camp.
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Phonétique du mot « champ »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
champ ʃɑ̃ play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « champ »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « champ »

  • La Libye a appelé hier les instances de l’ONU, l’Europe et les États-Unis à imposer des sanctions urgentes contre la société de mercenariat russe, Wagner, après l’entrée d’hommes armés étrangers, dont des “mercenaires russes”, sur l’un des plus importants champs pétroliers du pays. Dans un message posté sur son compte twitter, le représentant permanent de la Libye auprès des Nations unies, Taher al-Sunni, s’est dit hier vivement préoccupé par la présence de ces “mercenaires” sur le champ pétrolier Al-Charara, d’une capacité de production de 300 000 barils par jour, représentant ainsi près d’un tiers de la production libyenne de brut en temps normal.  http://www.liberte-algerie.com/, Un champ pétrolier envahi par des mercenaires en Libye: Toute l'actualité sur liberte-algerie.com
  • Un champ de fleurs fait actuellement le buzz sur la commune de Raimbeaucourt et même au-delà, le bouche-à-oreille fonctionnant parfaitement bien. La Voix du Nord, Raimbeaucourt: dans un champ, la phacélie fait le buzz
  • Alors que des premiers feux se sont déclarés mercredi en Picardie, les pompiers dévoilent leur dispositif pour lutter contre les feux de champ. Courrier picard, Objectif des pompiers : éteindre sur-le- champ
  • Dans les dernières recherches sur le système de communication en champ proche automobile, nos experts ont fourni les dernières tendances de croissance industrielle en fonction des besoins du client. De plus, ce rapport de recherche vous permet de capturer des statistiques perspicaces et, pendant ce temps, d’avoir une compréhension claire du marché mondial des systèmes de communication en champ proche automobile. De plus, il vous permet de garder une longueur d’avance sur la concurrence dans l’environnement industriel. Le rapport sur le marché du système de communication en champ proche automobile est évalué comme une étude intelligente et systématique qui vous permet de renforcer votre point de vue lié à plusieurs facteurs tels que la croissance du marché du système de communication en champ proche automobile, les tendances futures, la situation actuelle et les perspectives à venir pour des segments distincts. Journal l'Action Régionale, Taille du marché du système de communication en champ proche automobile 2020-26:, Continental, Delphi Automotive, NXP Semiconductors – Journal l'Action Régionale
  • Fleur de la renommée, fleur de la gloire, fleur qui se fane sur-le-champ. De Herman Melville
  • L'homme adultère laboure le champ d'autrui et laisse le sien inculte. De Plaute / Asimaria
  • Mieux vaut se disputer autour d’une table que sur un champ de bataille. De Jean Monnet
  • Au champ de l'univers, tu cueilleras ce que tu sèmes. De Proverbe persan
  • Ce que je regrette profondément, c’est cette séparation qui s’opère entre le champ philosophique et le champ littéraire. De Eric Marty / Le Monde des Livres, 23 janvier 2015
  • Même la petite rosée fait prospérer le champ. De Christian Jacq / La Pierre de lumière
  • Une femme sans mari est un champ sans pluie. De Proverbe indien
  • Faire l'amour dans un champ excite les fleurs. De Proverbe hippie
  • Le champ du voisin paraît toujours plus beau. De Proverbe québécois
  • Y penser sans cesse ne labourera pas le champ. De Proverbe irlandais
  • Le champ du paresseux est plein de mauvaise herbe. De Proverbe français
  • Le champ est le maître, l’homme est son invité. De Proverbe chinois
  • Infini est le champ du roman. De Morgan Sportès / Solitudes
  • Trop de culture épuise un champ fertile. De Cardinal de Bernis / Poésies diverses
  • Celui qui laboure le champ le mange. De Proverbe français
  • Trop heureux les hommes des champs, s'ils connaissaient leurs biens ! Virgile en latin Publius Vergilius Maro, Les Géorgiques, II, 458-459
  • Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes, Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes Sur la terre étendu […]. Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres, Tristesse d'Olympio
  • Mon père, ce héros au sourire si doux, […] Parcourait à cheval, le soir d'une bataille, Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit. Victor Hugo, La Légende des siècles, Après la bataille
  • Madame cependant a passé* du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs ; le matin elle fleurissait ; avec quelles grâces, vous le savez : le soir nous la vîmes séchée Jacques Bénigne Bossuet, Oraison funèbre d'Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans

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Traductions du mot « champ »

Langue Traduction
Portugais campo
Allemand feld
Italien campo
Espagnol campo
Anglais field
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Synonymes de « champ »

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Antonymes de « champ »


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